Cahiers du bilinguisme

Publié le 12 janvier 2026

Extrait des Cahiers du bilinguisme n°234 de 2025. Rédaction : Catherine LACOMBE, Emmanuel FURTEAU

Un projet de gestion des aspects environnementaux et de valorisation du patrimoine linguistique

Notre beau territoire de Moselle Sud a été reconnu comme Réserve de biosphère par l’UNESCO en septembre 2021, intégrant un réseau mondial de 759 sites dans 136 pays, issu du programme de recherche «Man And Biosphere» (l’Homme et la biosphère).

Depuis lors, le Pôle d’Equilibre Territorial et Rural (PETR) du Pays de Sarrebourg coordonne une programmation décennale de cette réserve, visant à mieux connaître, valoriser et préserver les patrimoines naturels et culturels qui nous ont valu cette reconnaissance avec le soutien financier des collectivités de Sarrebourg, de Phalsbourg, du Saulnois, du Parc naturel régional de Lorraine et de la région Grand Est. Les actions de la Réserve de biosphère de Moselle Sud (RBMS) visent à préserver les patrimoines naturels et culturels sous toutes leurs formes, accompagner le développement durable, comprendre et transmettre aux générations futures par l’éducation à l’environnement et la recherche scientifique. Elles contribuent à rendre les habitants de Moselle Sud fiers de leur territoire, en encourageant des pratiques socio-économiques compatibles avec les Objectifs de Développement Durable de l’ONU.

La réserve de biosphère poursuit pour ses dix premières années une programmation de 77 actions : animations pour les élèves, conseil scientifique,
campagne d’inventaires naturalistes pendant trois ans, création d’outils de communication dédiés, évènements et expositions et adaptation du territoire
aux changements climatiques. A la demande du PETR du Pays de Sarrebourg, une étude a été menée au printemps 2024 pour dresser un état des lieux des langues régionales encore parlées sur le territoire de la RBMS et d’étudier les pistes de valorisation et les perspectives de sauvegarde de ce patrimoine immatériel. Bien que la plupart des Réserves de biosphère en France aient une ou plusieurs langues historiquement implantées sur leur territoire, elle ont pu être négligées, voire même oubliées au fil du temps. L’étude de terrain a montré que le patrimoine linguistique de la RBMS comporte trois langues régionales : le
lorrain roman, classé parmi les langues d’Oïl ainsi que le francique rhénan et l’alémanique (allemand dialectal d’Alsace et de Moselle). Toutefois, la pratique
de ces langues est en fort déclin
, voire résiduelle pour le lorrain roman. La Moselle Sud, et le Pays de Sarrebourg en particulier, est précisément située sur la zone de contact entre les aires de langues romane et germanique mais aussi sur la zone de transition entre dialectes franciques et alémaniques. La dualité linguistique et culturelle du territoire lui donne sa principale originalité. Les locuteurs des différents dialectes sont amenés à se côtoyer au sein de cet espace.

Au-delà de sa mission de protection de l’environnement, la RBMS a pris la mesure de cette richesse culturelle. Elle a dorénavant pour objectif de lancer des
actions pour conserver et développer son patrimoine culturel
en y associant sa population au travers de ses traditions, de ses savoir-faire et de ses langues.
Outre une étude bibliographique approfondie, des entretiens individuels ont été menés auprès de locuteurs originaires de la région qui, pour les plus âgés vivant
en zone rurale, parlent encore le dialecte (plus de 70 % des + de 60 ans). Les personnes plus jeunes connaissent encore des expressions de leur dialecte local respectif (16% des 45-55 ans et 9% des 35-45 ans). Ce sont essentiellement les activités culturelles qui permettent d’entretenir la «mémoire vive». Grâce à l’intérêt de nombreux passionnés, le lorrain roman n’est pas totalement oublié (traduction de l’album Tintin et les bijoux de la Castafiore en lorrain, parue en septembre 2024). En Moselle germanophone, plusieurs associations mènent des actions pour assurer la pérennité des dialectes germaniques (Schick’ Lothringen, Culture et bilinguisme de Lorraine, Société d’histoire et archéologie-Section de Sarrebourg-SHAL). À cela s’ajoute sept troupes de théâtre dialectal sur le territoire qui contribuent à maintenir la vitalité de la langue, ou du moins sa visibilité. La transmission intergénérationnelle a fortement diminué. Aujourd’hui, à peine 50% des interrogés transmettent encore leur parler dialectal. Malgré cette précarité linguistique, ce patrimoine culturel peut être valorisé par une communication accrue sur nos langues régionales pour les rendre audibles (chansons, théâtre, télévision locale) et visibles (panneaux bilingues, expressions en dialectes à des emplacements stratégiques, ouvrages divers, BD, affiches), le renforcement de la communication entre individus pour recréer du lien entre les générations dans un monde devenu plus fragmenté, le soutien aux produits et marchés locaux pour le développement durable dans le respect de nos traditions culturelles.